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Tunis – L’EXPERT

De tout temps, la Tunisie a enfanté des personnes qui lui ont fait honneur et qui ont démontré à la face du monde que ce petit pays par sa surface est capable d’enfanter des gens performants et capables de relever tous les défis.

Il n’est plus un secret pour personne que le leader Habib Bourguiba avait misé sur les potentialités d’un peuple et qu’il avait mis tout en place pour que le pays soit fier de ses compétences et de ses performances.

Même les grandes turbulences n’avaient pas eu raison de ce que peuvent faire les Tunisiens imbus de patriotisme et des principes du travail et n’eut été la volonté de ces individus, la Tunisie aurait couru le risque de vivre les malheurs d’autres pays qui n’avaient pas su exploiter les opportunités qui leur ont été offertes, après leur indépendance.

Le développement du Groupe Mabrouk n’est pas le fruit du hasard et, aujourd’hui, cet empire est le miroir des réussites des trois frères Ismaïl, Mohamed Ali et Marouane Mabrouk qui sont ses principaux dirigeants, avec le premier qui s’est imposé de plus en plus comme le leader du groupe, les deux autres frères étant aux commandes de certains pôles du groupe.

Les « success stories » tunisiennes font légions et nombreux sont ceux qui se sont distingués par leurs performances et leur excellence, que ce soit à l’échelle locale ou internationale, comme c’est le cas pour Ismaïl Mabrouk, le pilote du Groupe Mabrouk qui a eu la responsabilité, avec ses deux frères, Mohamed Ali et Marouane , de faire fleurir un patrimoine déjà mis sur les rails par leur père feu Ali Mabrouk.

Jeune écolier, Ismaïl était assidu et appliqué, mais cherchait toujours à faire le malin, comme tous les petits de son âge, sans toutefois être pris la main dans le sac ou en flagrant délit.

Son passage au lycée Sadiki avait été marqué, comme le soulignent de nombreux témoins de l’époque, par l’arrivée de feu Ali Mabrouk dans sa D.S. noire, avec son manteau bleu, sa grande aura, son charisme et sa personnalité, avec une ponctualité déconcertante pour recueillir ses trois enfants, à la sortie de l’établissement.

Mohamed Ali, le cadet des trois frères, était un agitateur, mais ayant un grand cœur, était suivi par Ismaïl , l’ainé qui était d’un calme olympien, avec d’excellentes relations avec ses camarades et le personnel de l’administration et les enseignants, et le benjamin Marouane qui, depuis son jeune âge, accordait beaucoup d’importance à son look et adorait les aventures et les escapades avec ses camarades. Il se permettait, en ces temps-là, de petites virées dans les souks de la Médina, avoisinant le collège Sadiki.

Par la suite, Ismaïl avait poursuivi ses études supérieures en France, pour revenir, par la suite, nanti d’un diplôme d’ingénieur.

Comme s’il prédisait son destin, feu Ali Mabrouk avait vite fait d’impliquer rapidement le jeune Ismaïl dans la gestion du patrimoine et des entreprises familiales.

Discipliné, intelligent et d’une grande éducation, Ismaïl a su acquérir le savoir-faire en matière de management, en côtoyant les mastodontes qui collaboraient, alors, avec son père.

Une des rares successions réussies

Impliqué trop tôt dans la gestion des affaires et, malgré son jeune âge,  Ismaïl fut appelé à faire face à la fatalité, avec le décès de son paternel.

Le départ brutal et inattendu de son père l’a mis devant le fait accompli, avec deux défis à relever dont, en premier lieu, la sauvegarde du patrimoine familial, puis le développement des activités des entreprises de l’héritage légué par le défunt Ali Mabrouk, sachant que le mal des entreprises tunisiennes se situe au niveau du problème de la succession, avec des héritiers qui dilapident, le plus souvent le patrimoine familial.

Les deux défis étaient difficiles à relever, mais pas impossibles pour le jeune Ismaïl âgé, alors, d’à peine la trentaine, et qui restait humble et fidèle aux principes et aux valeurs inculqués par feu Ali Mabrouk.

Le résultat est bien visible, aujourd’hui, et Ismaïl, secondé par ses frères Mohamed Ali et Marouane, ne s’est pas limité à sauvegarder le patrimoine, mais a fait exploser les activités des entreprises, tout en arrivant à brasser dans de nouveaux secteurs, notamment la grande distribution, avec l’acquisition de la chaîne Monoprix, et en investissant dans la gestion des fonds, chose que peu de personnes connaissent, et ce avant d’acquérir les parts de Mohamed Driss dans la Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT)

L’éternel apprenant

A la BIAT, il avait, dès le départ, la possibilité de régner en maître et de faire mainmise su la gestion de la banque. Mais, il avait préféré écarter cette option, afin de se donner le temps de découvrir le nouvel environnement dans lequel il est obligé d’évoluer et de réussir.

Pendant le premier quinquennat, Ismaïl n’a fait que se former et s’informer, et certains témoignages concordants rapportent de lui l’image d’un manager, livre à la main, à l’écoute de toute forme de conseil.

Il était à l’affût de tout ce qui peut lui rapporter une idée ou une explication sur toutes sortes d’opérations bancaires de n’importe quelle nature que ce soit.

Entretemps, la filière financière du Groupe Mabrouk s’est étendue à l’assurance, avec « La Protectrice Assurances », « BIAT Assurances », « GAT Assurances » et « GAT Vie ».

Le leader du groupe, éternel apprenant, a fait fructifier les connaissances acquises, pour diversifier davantage les activités et ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement.

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Ismaïl Mabrouk et la politique

Cet homme très porté sur les affaires a un point fort qui se situe au niveau de son flair et l’intelligence de comprendre que la politique est une arme à double-tranchant et que, dans un régime totalitaire, il est plus que dangereux de mélanger affaires et politique.

Ainsi, après une courte expérience au sein de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et découvrant les dessous de ce monde ténébreux et ingrat, il a vite fait de se retirer et de refuser le renouvellement de son mandat, préservant toute son énergie pour la consacrer  uniquement pour le développement de son patrimoine et celui de sa famille.

Le manager qui fait face à la tempête

L’une des qualités d’un coach est de savoir maintenir le cap, même dans les grandes tempêtes dont au moins deux et pas des moindres auxquelles il a dû faire face et dans lesquelles il a su s’en sortir indemne.

Le mariage de Marouane Mabrouk avec Cyrine, l’une des filles de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali en 1996 avait fait beaucoup de remous, et la réaction intempestive et démesurée de l’ancien président à l’encontre du Groupe, après le malentendu entre Marouane et Cyrine qui a laissé des traces.

Ismaïl, en bon diplomate, a su gérer discrètement, avec une main de fer, sans céder sur les droits de son Groupe qui compte 9000 employés directs et génère près de 900 millions d’euros de chiffre d’affaires.

La seconde tempête passée sans grands dégâts est arrivée avec les événements du 14 janvier 2011 durant lesquels un plan machiavélique avait été trâmé par les hommes de l’ombre qui avaient tenté de diaboliser les frères Mabrouk et monter l’opinion publique contre eux.

En grand seigneur, Ismaïl s’est comporté avec pondération pour gérer cette crise surfaite et qui avait fait des dégâts dans le patrimoine des Mabrouk.

Ismaïl tient les rênes de la BIAT

Dans son entourage à la BIAT, ainsi qu’auprès de son directeur général, de son directeur général-adjoint et des hauts cadres de la banque, on est unanime à apprécier la maîtrise parfaite de ce quinquagénaire sur son environnement.

Ismaïl est au courant même des petits détails en relation avec sa banque. Mieux encore, il a une capacité d’assimilation, de synthèse et de schématisation qui ont permis à la BIAT de garder sa position de leader sur plusieurs fronts.

Dans ce sens, il n’est pas possible de passer sans retenir le témoignage d’un ancien haut responsable qui est étonné par la progression d’Ismaïl et continue à s’interroger comment cet ingénieur de formation est devenu un fin financier.

La dernière assemblée générale de la BIAT autour du bilan de l’année 2015 est venue confirmer cette impression autour du savoir-faire de l’ainé des Mabrouk.

Alors que la majorité des actionnaires minoritaires des A.G. des sociétés cotées en Bourse criait au scandale, Ismaïl a pu anticiper en tenant une réunion avec l’Association des actionnaires minoritaires et a été à l’écoute de leurs doléances pour les associer à la prise de décisions.

L’autre fait marquant est qu’Ismaïl Mabrouk a répondu favorablement à la requête des actionnaires en augmentant les dividendes qui étaient fixés à 3,5 dinars pour les porter à quatre dinars, ce qui lui a valu les applaudissements et les éloges de l’ensemble de l’assistance, dans une salle archi-comble.

Un patrimoine florissant

Aujourd’hui, Le groupe Mabrouk créé à la fin des années 1950 est désormais leader dans la grande distribution et actif dans le secteur bancaire, les concessions automobiles et les télécommunications.

L’un des plus grands du pays, le groupe Mabrouk, dirigé par les frères Ismaïl, Mohamed Ali et Marouane Mabrouk, compte plus de 12 000 employés directs.

Dans la grande distribution, le groupe Mabrouk exploite une chaîne de supermarchés et hypermarchés sous l’enseigne Monoprix. Le 17 juillet 2009, le groupe signe un accord de partenariat avec le groupe français Monoprix pour le développement de son enseigne en Tunisie, en s’adossant à la centrale d’achats française. Il possède par ailleurs un hypermarché sous l’enseigne Géant du groupe Casino.

Dans le secteur automobile, le groupe Mabrouk possède la société Le Moteur, ancienne filiale de la Société tunisienne de banque, concessionnaire des marques Fiat et Mercedes-Benz en Tunisie.

Au niveau de la production agroalimentaire, il compte la «Société tunisienne de biscuiterie», la «Société tunisienne de chocolaterie et de confiserie», la société «Industrie des confiseries de Tunisie» et la société «Industries alimentaires de Tunisie».

En plus de la finance et des télécommunications, le groupe est également présent dans le capital d’une cinquantaine de sociétés grâce à la société Maghreb Invest.

Ben Heddia Abdellatif